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8 août 2026

Combien facturer de l’heure en construction au Québec? Le calcul complet

« Je charge 65 $ de l'heure parce que c'est ça que le gars d'à côté charge. » C'est probablement la phrase qui coûte le plus cher aux entrepreneurs autonomes du Québec. Le taux du voisin ne couvre ni vos frais, ni vos heures non facturables, ni votre marge — il couvre les siens, et encore, s'il a fait le calcul. Voici la méthode complète pour trouver votre taux plancher, avec un exemple chiffré du début à la fin.

1. Pourquoi « le taux du marché » est un piège

Le réflexe naturel, c'est de se comparer : au voisin, à l'ancien employeur, au taux horaire qu'on gagnait comme salarié. Trois erreurs dans la même phrase.

Un salarié à 35 $ de l'heure ne « vaut » pas 35 $ de l'heure pour son employeur : ajoutez les charges sociales, les vacances, les congés fériés, la CNESST, les outils fournis, le camion de la compagnie — le coût réel est bien plus élevé. Quand vous partez à votre compte, tous ces coûts deviennent les vôtres. Facturer votre ancien taux de salarié, c'est vous donner une baisse de salaire en cadeau de démarrage.

Et le taux du concurrent? Vous ne connaissez ni ses frais, ni son volume, ni sa marge. Peut-être qu'il est rentable. Peut-être qu'il est en train de fermer sans le savoir. Se baser sur son prix, c'est copier une réponse sans voir la question.

Le bon point de départ, c'est un calcul — le vôtre. Quatre étapes.

2. Étape 1 : le revenu que vous visez

Commencez par la fin : combien voulez-vous qu'il vous reste avant impôts à la fin de l'année? Pas le chiffre d'affaires — le montant qui vous paie, vous.

Soyez honnête et visez l'équivalent de ce qu'un bon poste vous donnerait, avantages compris. Si vous quittez un emploi pour gagner moins en travaillant plus, le calcul vient de vous le dire — mieux vaut le savoir maintenant.

Pour notre exemple : 80 000 $ de revenu visé.

3. Étape 2 : vos frais fixes annuels

Tout ce que vous payez pour avoir le droit et les moyens de travailler, avant même la première heure facturée. La liste type d'un entrepreneur spécialisé autonome :

  • Maintien annuel de la licence RBQ : 547,53 $ pour un spécialisé, 989,81 $ pour un général (tarifs 2026)
  • Cautionnement de licence : la prime annuelle auprès de votre assureur ou caution
  • Assurance responsabilité civile : obligatoire en pratique, souvent exigée par les clients
  • Véhicule : paiements ou amortissement, essence, entretien, immatriculation, assurance commerciale
  • Outillage : remplacement, usure, petit équipement — souvent sous-estimé
  • Téléphone, logiciels, site web, comptable
  • Protection personnelle CNESST (facultative pour le travailleur autonome, mais un accident sans couverture coûte infiniment plus cher)

Pour notre exemple, un total réaliste : licence et caution ≈ 900 $, assurance responsabilité ≈ 1 500 $, véhicule ≈ 9 000 $, outillage ≈ 2 500 $, téléphone/logiciels/comptable ≈ 2 100 $, protection personnelle ≈ 1 000 $ — arrondissons à 17 000 $ par année. Faites votre propre liste : c'est une heure de travail qui rapporte pour des années.

4. Étape 3 : vos heures réellement facturables

L'erreur la plus répandue. Une année de travail, ce n'est pas 52 semaines × 40 heures = 2 080 heures facturables. Enlevez :

  • Vacances et fériés : disons 4 semaines au total → il reste 48 semaines, soit 1 920 heures travaillées
  • Le temps non facturable : soumissions et visites d'estimation, déplacements, achats de matériaux, administration, factures, relances, formation… Pour un entrepreneur seul, 25 à 30 % du temps part là — et ce n'est pas du temps perdu, c'est le temps qui fait rentrer les contrats.

À 27 % de temps non facturable : 1 920 × 0,73 ≈ 1 400 heures facturables par année. C'est ce nombre-là — pas 2 080 — qui doit porter tout votre revenu et tous vos frais.

5. Étape 4 : la formule

Le taux plancher, c'est :

(revenu visé + frais fixes) ÷ heures facturables

Avec notre exemple : (80 000 $ + 17 000 $) ÷ 1 400 h = 69 $ de l'heure. À ce taux, vous atteignez exactement votre objectif — si tout se passe parfaitement. Aucune marge d'erreur, aucun profit d'entreprise, rien pour absorber un mois lent, un client qui paie en retard ou une scie qui rend l'âme.

C'est pour ça qu'on ajoute une marge d'entreprise — 10 à 20 % selon votre risque et votre carnet de commandes. À 15 % : 69 $ × 1,15 ≈ 80 $ de l'heure, taxes en sus.

Deux précisions importantes :

  • Le taux plancher n'est pas le taux affiché. C'est le seuil sous lequel vous refusez un contrat. Si le marché local supporte plus, facturez plus — la valeur perçue, la rareté de votre spécialité et la qualité de votre travail se paient.
  • Recalculez chaque année. Les frais montent, la licence est indexée, vos objectifs changent. Un taux figé depuis trois ans est un taux en baisse déguisée.

6. Et si je travaille au forfait?

La plupart des contrats résidentiels se soumissionnent à prix fixe, pas à l'heure — mais ça ne change rien au calcul. Votre taux plancher reste la base de chaque soumission : estimez les heures du chantier, multipliez par votre taux, ajoutez matériaux et sous-traitance avec leur marge. Un forfait bâti sur un taux horaire trop bas, c'est juste une perte signée d'avance.

C'est aussi le taux qui vous dit, une fois le chantier terminé, si vous avez vraiment fait de l'argent : comparez les heures réelles aux heures estimées, et le taux horaire effectif du chantier à votre plancher. Sans ce suivi, un chantier « payant » peut très bien vous avoir coûté de l'argent sans que vous le voyiez.

En résumé

  1. Fixez le revenu que vous visez, pas celui que vous espérez tolérer.
  2. Listez vos frais fixes réels — licence, assurances, véhicule, outillage, le reste.
  3. Comptez vos vraies heures facturables (indice : c'est autour de 1 400, pas 2 080).
  4. (Revenu + frais) ÷ heures facturables, plus 10 à 20 % de marge. C'est votre plancher — recalculé chaque année.

Le calcul du taux, c'est la théorie. La pratique, c'est de savoir combien d'heures chaque chantier a réellement mangées. Vantage suit les heures de votre équipe avec le punch mobile, compare les coûts réels au montant soumissionné et vous montre la rentabilité de chaque chantier — pour que votre taux plancher soit respecté dans les faits, pas juste dans le fichier Excel. Essayez-le gratuitement : 30 jours, toutes les fonctionnalités, aucune carte de crédit.

Les tarifs de licence cités sont ceux publiés par la RBQ pour 2026. Les autres montants sont un exemple illustratif : faites le calcul avec vos propres chiffres. Cet article est informatif et ne constitue pas un avis comptable.